Problématique et besoins

En raison de sa position géographique, le Sénégal est à la fois un pays de départ, de transit et de destination. Ce faisant, des milliers voire millions de sénégalais quittent leur pays à la recherche de meilleures conditions de vie, ou à la recherche d’une protection internationale. Mais, depuis les Années 90, avec la nouvelle politique migratoire de l’Union européenne consistant à limiter la migration légale et à contrôler les frontières, des ressortissants Sénégalais empruntent la voie de l’immigration irrégulière. Il est clair que ces parcours terrestres, maritimes ou mixtes sont dangereux pour ces hommes et ces femmes qui tentent l’aventure vers l’Europe en passant par des pays de transit comme la Lybie, le Maroc, entre autres. Ce phénomène a des conséquences plus importantes pour les femmes et les enfants, personnes vulnérables faisant l’objet de plusieurs violations : viols, abus sexuels, exploitation, esclavage moderne dans certains pays de destination et aussi lors de leur passage dans des pays de transit.

Pourtant des mesures et moyens sont mis en place par le Sénégal mais, ce phénomène est loin d’être contrôlé ni par l’Union européenne ni par les pays tiers dont le Sénégal. En outre, des enjeux relatifs à l’établissement d’une base de données centralisée pour collecter des statistiques sur la mobilité des Sénégalais (émigration, immigration et transit), la nécessité d’unifier le cadre institutionnel, une mise  à jour du cadre juridique en matière de mobilité, justifieraient la pertinence de créer un observatoire sur les migrations internationales, sur les réfugiés et l’apatridie.

La question de la mobilité concerne aussi d’autres catégories de personnes notamment les réfugiés et les apatrides, En avril 2017, le personnel de l’OIM au Niger et en Libye a relaté des événements choquants sur les itinéraires migratoires d’Afrique du Nord, qu’il a décrit comme des « marchés aux esclaves » qui touchent des centaines de jeunes Africains en route vers la Libye1. Cette situation démontre combien ce fléau caractérisé par des pertes en vies considérables et des violations manifestes de leurs droits fondamentaux tout au long de leur parcours parfois mixtes et très complexes, peut affecter les réfugiés, les demandeurs d’asile et les apatrides lorsqu’ils empruntent ces parcours. D’autant plus que ces personnes qui composent les flux mixtes ne bénéficient d’aucune protection spécifique. Dénommés flux diversifiés ou flux composites, ils sont des flux migratoires complexes, composés de migrants économiques, de réfugiés, de personnes déplacées et autres migrants2.

En 2015, selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, plus de 15 millions de personnes fuyant les guerres, conflits et les troubles en Afrique ont un besoin extrême d’aide malgré la mobilisation et les efforts consentis par le Haut-Commissariat aux réfugiés, HCR, certains États et d’autres organisations internationales.

Selon des études de la CEDEAO et du Haut-Commissariat des réfugiés3, il existe des milliers de migrants aujourd’hui qui sont privés du droit de nationalité. La raison est que les lois relatives au droit à la nationalité des pays africains, peu appliquées par ceux qui en disposent. D’où l’existence d’un grand nombres d’apatrides issus souvent des pays limitrophes. Ils constituent des personnes vulnérables, à la merci des tensions interethniques, ils sont privés de leurs droits de citoyens et quelques fois des droits humains. Le non-respect de ces acquis fondamentaux constitue une violation des droits de l’homme souvent constatés avec une certaine impuissance.

Enfin, malgré l’existence de cadres juridiques encadrant la migration, les migrants semblent bénéficier de moins en moins de protection. Quant au droit international des réfugiés, il présente des limites car n’incluant pas les nouveaux motifs pouvant justifiant une protection internationale dont les conditions climatiques et économiques.

L’un des grands défis du continent se trouve être l’absence de données fiables sur les migrations internationales. En fait, les ressources existantes dans le continent se limite à recherche des solutions à ces problématiques alors qu’il n’est pas possible de chiffrer ni d’identifier les personnes concernées par ce phénomène et cela limite fortement la réalisation de leurs objectifs.

À cela s’ajoute le manque de plateforme agrégeant les chercheurs-ses, les experts-es, les institutions universitaires, les acteurs privés, les immigrants –es afin de favoriser la recherche des causes réelles de cette mobilité et de ses conséquences sous une triple dimension :

1— La prévention des migrations irrégulières et ses incidences sur les droits fondamentaux des migrants, des réfugiés et des apatrides ;

2— L’analyse des besoins des Sénégalais de la diaspora ;

3— Le retour des ressortissants sénégalais dans leur pays d’origine ou de transit.

La mise en place de structures ou d’organismes liés aux migrations internationales dans le continent africain, remonte aux années 2000 à travers un partenariat important entre l’OIM, le HCR, l’Union européenne, la société civile, et les autorités gouvernementales entre autres. A ce titre, on peut se référer à l’observatoire ACP sur les migrations qui a permis de réunir plusieurs acteurs afin d’améliorer la situation des migrants et de renforcer la relation migration développement.

L’ensemble de ces moyens n’apportent guère une meilleure protection des migrants car le nombre de morts et de disparus dans la méditerranée continue de s’accroitre et les nouvelles routes exposent les migrants à des pratiques de tortures, traitements inhumains et dégradants pendant tout le long de leur parcours.

La littérature a presque épuisé la question car les migrations sont largement traitées et analysés mais l’approche transversale qui est proposée dans ce projet est quasi -absente.

Eu égard à toutes ces considérations, nous proposons de mettre en place cet observatoire.